Comment arrêter la fuite de données via les clés USB dans votre entreprise
On annonce la mort de la clé USB depuis dix ans, mais elle continue de nourrir une part obscène des fuites de données. Tant que les entreprises refuseront de regarder ce vieux réflexe en face, aucune sécurité informatique ne sera réellement crédible.
La clé USB, ce fossile qui sabote encore vos efforts RGPD
Dans les discours, tout passe par le cloud, les VPN et les espaces collaboratifs. Dans la vraie vie, on continue d'échanger des fichiers critiques sur de petits morceaux de plastique de 16 ou 64 Go, souvent offerts sur un salon il y a cinq ans. J'ai vu des plans R&D, des bases clients, des dossiers médicaux partagés entiers transiter sur ces reliques.
Le pire, c'est que ce n'est plus un problème technologique depuis longtemps. C'est un problème de courage managérial. Refuser les supports amovibles non maîtrisés, c'est assumer que l'on privilégie la protection du patrimoine informationnel à quelques habitudes confortables.
Pourtant, des solutions existent pour filtrer, chiffrer, tracer l'usage des périphériques USB sans paralyser la production. C'est précisément ce que mettent en oeuvre des structures accompagnées par Infosophie en France et à l'étranger.
Pourquoi les clés USB continuent de gagner contre vous
Avant de parler technique, il faut comprendre pourquoi ce problème persiste, année après année, malgré les mises en garde de la CNIL et les scandales réguliers de disques perdus dans des trains.
Parce que la clé USB est la solution de la flemme organisée
La plupart du temps, la clé USB n'est pas un choix réfléchi, mais la réponse à un SI mal pensé :
- VPN instable ou trop lent.
- Accès distants inexistants pour les prestataires.
- Espaces de partage mal structurés, saturés ou trop compliqués.
- Politiques de sécurité théoriques mais inapplicables sur le terrain.
Résultat : on tolère les clés comme une "solution temporaire". Temporaire qui dure depuis quinze ans. Tant que les irritants d'usage ne sont pas traités, chaque interdiction deviendra une simple consigne de plus à contourner.
Parce que vous ne voyez pas ce qui s'y passe
Sur un réseau, on peut tracer les flux, filtrer, journaliser. Sur une clé USB non gérée, vous ne savez souvent rien. Qui a copié quoi ? Où le support se trouve‑t-il ? Est‑il chiffré ? A‑t-il été perdu ou revendu ? Silence radio.
Les solutions de prévention de perte de données traitent précisément ce symptôme : rendre visible, contrôlable et, si nécessaire, impossible, le simple copier‑coller qui expédie votre savoir‑faire dans la nature.
Cartographier les usages réels des supports amovibles
Avant de bloquer, il faut comprendre. Dans une PME ou une ETI, il est utile de mener un mini‑audit orienté spécifiquement sur les périphériques de stockage.
Questions à poser sans anesthésie
- Qui utilise encore des clés USB, disques externes ou cartes SD dans l'entreprise ?
- Pour quels types de données : bureautique, R&D, machines de production, sauvegardes ?
- Ces supports sont‑ils fournis par l'entreprise ou personnels ?
- Existe‑t-il une politique minimale de chiffrement ?
Ce travail peut faire partie d'un audit de 1er niveau global : on cherche où les données sortent, et les supports amovibles remontent presque toujours dans les premiers jours.
Les usages légitimes qu'il faudra préserver
Il serait malhonnête de prétendre que tout usage de clé USB est illégitime. Il en reste, notamment :
- Transfert de fichiers vers des machines industrielles isolées du réseau.
- Maintenance d'équipements sur site client sans accès Internet.
- Transferts temporaires chez certains sous‑traitants techniques.
Mais ces usages doivent être exceptionnels, strictement encadrés et accompagnés de supports fournis et gérés par l'entreprise. Pas de clé "perso" achetée en caisse de supermarché.
Construire une politique USB qui tient vraiment debout
L'idée n'est pas de pondre une charte de 15 pages que personne ne lira, mais de définir quelques règles claires, applicables et contrôlables.
Principe 1 - Interdiction par défaut, dérogation argumentée
On inverse la logique : les clés USB et disques externes sont bloqués par défaut sur tous les postes. Les exceptions doivent être :
- Justifiées (usage industriel, maintenance, contraintes clients).
- Limitées dans le temps.
- Attribuées à des personnes identifiées.
Cette approche est largement recommandée par l'ANSSI pour les systèmes d'information sensibles. Elle est en réalité parfaitement applicable à la plupart des entreprises qui manipulent des données clients ou des savoir‑faire propriétaires.
Principe 2 - Supports fournis, chiffrés, traçables
Si l'usage de clés est validé, alors :
- Les supports sont achetés par l'entreprise, pas par les individus.
- Ils intègrent un chiffrement matériel ou logiciel systématique.
- Ils sont inventoriés, numérotés, affectés à des personnes ou des équipes.
Couplée à une solution de gestion de périphériques, cette approche permet de suivre qui utilise quoi, quand et sur quels types de fichiers, réduisant radicalement la surface de fuite silencieuse.
Mettre les outils au service de la politique, pas l'inverse
Les solutions techniques sérieuses permettent aujourd'hui un contrôle fin des périphériques. Bloquer les clés "inconnues", autoriser seulement certains modèles chiffrés, interdire l'écriture de fichiers classés sensibles ou limiter l'usage à des profils métiers précis : tout cela est possible.
Exemple de scénarios de contrôle efficaces
- Interdiction totale de tout support amovible sur les postes administratifs.
- Autorisation de supports chiffrés homologués sur les PC d'atelier, avec journalisation.
- Blocage automatique de la copie de fichiers contenant des mots‑clés sensibles (noms de clients, mentions de santé, etc.).
Le rôle d'un expert comme Infosophie n'est pas de vendre la dernière mode logicielle, mais de configurer ces scénarios à partir d'une compréhension très fine de vos flux métiers réels.
Storytelling : le consultant qui est reparti avec l'entreprise dans sa poche
Il y a quelques années, une société de services parisienne a confié des missions à un consultant externe avec un niveau d'accès étonnamment large. Clés USB autorisées, VPN ouvert, aucune surveillance particulière. À la fin de la mission, il est reparti avec des copies de dossiers clients, de procédures internes, de modèles de livrables. Rien d'illégal sur le papier, faute de clauses claires, mais un désastre stratégique.
L'audit post‑mortem a montré que le système permettait à n'importe quel prestataire, sur n'importe quel poste, d'exfiltrer en quelques minutes un volume massif de données via un simple support amovible. Aucun journal, aucun contrôle, aucune alerte.
L'issue a été brutale : refonte complète de la politique d'accès, blocage par défaut des clés et accompagnement par un spécialiste pour déployer des outils de prévention de fuite alignés sur la réalité du métier.
Par où commencer demain matin ?
Si vous deviez agir sans délai, vous pourriez :
- Désactiver par défaut les ports USB en écriture sur un périmètre pilote.
- Identifier les métiers qui utilisent réellement des supports amovibles et documenter leurs besoins.
- Lancer un audit gratuit de 1er niveau focalisé sur les flux sortants.
- Choisir quelques scénarios de blocage et d'autorisation à tester en conditions réelles.
La clé USB ne disparaîtra pas demain. Mais son pouvoir de nuisance peut être drastiquement réduit en quelques semaines avec une combinaison lucide de politique, d'outils et d'accompagnement, à condition de cesser de faire semblant qu'il s'agit d'un détail.