Comment une PME peut auditer sa fuite de données en 10 jours
Dans beaucoup de PME, la fuite de données est un risque connu mais remis à plus tard, faute de temps et de méthode. Pourtant, un audit de sécurité, même rapide, permet déjà de colmater les brèches les plus grossières et de tendre vers la conformité RGPD, sans bouleverser tout le système d'information.
Pourquoi les PME se réveillent (trop) tard sur la fuite de données
Dans les faits, les entreprises ne se font presque jamais attaquer comme dans les films. Ce qui met à genoux une structure de 50 ou 200 salariés, en Île‑de‑France ou ailleurs, c'est une combinaison de petites négligences : un partage de dossier ouvert à "Tout le monde", un export client sur une clé USB oubliée, un ex‑collaborateur qui se connecte encore.
Depuis 2023, la CNIL rappelle que les PME restent massivement sous‑équipées sur la sécurité des données. Les amendes RGPD n'épargnent pourtant plus les structures moyennes, notamment dans la santé et l'industrie. Le problème n'est pas seulement juridique : une base client dans la nature, un savoir‑faire copié, cela se paie en parts de marché.
La vraie bonne nouvelle, c'est qu'un premier audit ciblé, même en dix jours, permet souvent d'identifier 80 % du risque réel, à condition de ne pas se perdre dans la théorie et de viser les flux de données les plus critiques.
Un audit de fuite de données en 10 jours, c'est réaliste ?
Si l'on promettait un audit exhaustif en 10 jours pour une ETI répartie sur cinq pays, ce serait une mauvaise blague. Mais pour une PME française typique - siège + 1 ou 2 sites, quelques dizaines de postes, télétravail partiel - un audit de premier niveau structuré est parfaitement envisageable.
L'enjeu n'est pas de tout voir, mais de voir juste, d'identifier là où les données sortent, là où elles dorment, et qui peut les manipuler. C'est d'ailleurs l'esprit de l'audit gratuit de premier niveau proposé par Infosophie : une photographie honnête des risques concrets.
Les trois objectifs non négociables en 10 jours
- Cartographier les flux de données sensibles (clients, R&D, RH, finances).
- Identifier les principaux vecteurs de perte ou de vol de données (emails, USB, cloud, ex‑collaborateurs).
- Établir une liste courte de mesures correctives, classées par impact et effort.
Ce qui veut dire qu'on accepte de ne pas traiter certains sujets secondaires dans cette phase. Un audit efficace, c'est aussi savoir dire "plus tard".
Jour 1 à 2 - Cadrer, comprendre, choisir vos batailles
Tout commence par un entretien franc avec la direction et l'IT, quand il existe. À ce stade, les questions qui fâchent sont justement les plus utiles.
Définir vos données vraiment critiques
On commence toujours trop large. "Tout est important" n'est pas une réponse. Pour une PME industrielle, ce sera souvent :
- Les dossiers R&D et les plans techniques.
- Les fichiers de chiffrage et de marge.
- Le portefeuille client et les conditions commerciales.
- Les données RH sensibles (salaires, dossiers disciplinaires).
Pour une structure de santé ou médico‑sociale, ce seront plutôt les dossiers patients, les échanges avec les autorités et les comptes rendus. Dans tous les cas, l'objectif est d'isoler quatre ou cinq familles de données, pas quarante.
On en profite pour rappeler les obligations RGPD et les recommandations de la CNIL, histoire de sortir du simple ressenti et de revenir à la loi.
Tracer qui a accès à quoi
Ensuite vient la question des accès réels, pas ceux qui sont écrits dans une procédure Word de 2017. On regarde les groupes dans l'Active Directory, les droits sur les partages réseau, les accès VPN, les comptes encore actifs de salariés partis. C'est souvent là que surgit la première colère du dirigeant.
En parallèle, il est pertinent d'évoquer dès ce stade les futures mesures techniques, par exemple des solutions de prévention de perte de données, mais ce n'est pas le moment d'entrer dans un catalogue d'outils.
Jour 3 à 5 - Cartographier les flux de données sortants
C'est la partie la plus sous‑estimée. On pense toujours aux attaques externes, rarement à la manière très banale dont les données quittent l'entreprise au quotidien.
Les canaux de sortie les plus risqués
En audit, les mêmes schémas reviennent, que ce soit en région parisienne ou en province :
- Les pièces jointes envoyées à des adresses personnelles (Gmail, Outlook.com).
- Les synchronisations automatiques vers des clouds non maîtrisés.
- Les copies locales sur des postes personnels en télétravail.
- Les transferts par clé USB ou disque externe, parfois chiffrés, souvent non.
Un audit sérieux va examiner un échantillon de journaux (logs) de messagerie, de proxy, de pare‑feu, ou directement des outils DLP si vous en avez déjà. L'objectif n'est pas le flicage généralisé, mais la mise en évidence de comportements typiques.
Cas d'usage - Le directeur commercial trop pressé
Dans une PME de 80 personnes, le directeur commercial transférait régulièrement des extractions CRM sur une boîte personnelle pour "travailler le soir". Pendant des mois, personne ne s'en est ému, jusqu'à son départ chez un concurrent. L'audit a montré qu'aucun suivi des exports n'était en place et que ces fichiers contenaient les coordonnées, les historiques d'achats et les marges de centaines de clients.
Résultat : mise en place en urgence d'un contrôle des exports via une solution de filtrage et revue complète des droits sur le CRM. Tout cela aurait pu être anticipé avec un audit de premier niveau conduit un an plus tôt.
Jour 6 à 8 - Tester la résistance humaine et organisationnelle
La sécurité, ce n'est pas que de la technique. Une politique impeccable dans un PDF oublié sur l'intranet ne protège rien. Un audit en 10 jours doit prendre le pouls réel de l'organisation.
Interviews ciblées plutôt que formation massive
Plutôt que de lancer un énième e‑learning, on échange avec :
- Quelques commerciaux itinérants ou en télétravail.
- Une ou deux assistantes administratives.
- Un manager de proximité.
- Un profil "power user" très autonome.
On leur demande comment ils partagent les fichiers, ce qu'ils font en déplacement et comment ils gèrent les urgences clients. Ces discussions valent parfois plus que dix pages de documentation. C'est là que les canaux non déclarés, les Dropbox personnelles et les partages WhatsApp remontent à la surface.
Mesurer l'écart entre procédures et réalité
Une PME qui dit "nous avons une charte informatique" ne dit rien du tout. La vraie question est la suivante : est‑elle lue, expliquée et appliquée ? L'audit relève systématiquement :
- Le niveau de sensibilisation des collaborateurs aux risques de fuite.
- Les "bricolages" acceptés par la hiérarchie au nom de la réactivité.
- Les zones grises : prestataires, stagiaires, intérimaires, etc.
Ces éléments serviront ensuite à orienter les actions de sensibilisation, qui doivent être intégrées au plan de sécurisation et non greffées après coup.
Jour 9 - Synthèse, priorisation, arbitrages
Arrivé là, l'auditeur a normalement une vision assez nette des failles principales et de leur gravité. L'erreur serait de livrer un rapport de 60 pages que personne ne lit.
Construire une feuille de route réaliste
Dans la pratique, on aboutit à trois niveaux de recommandations :
- Actions immédiates (0‑3 mois) - par exemple : couper les comptes inactifs, restreindre certains partages réseau, imposer un chiffrement des supports mobiles.
- Projets structurants (3‑12 mois) - déploiement progressif d'une solution de prévention de perte de données, segmentation réseau, renforcement des sauvegardes.
- Travail de fond (12‑24 mois) - refonte de la gouvernance des données, intégration systématique de la sécurité dans les nouveaux projets.
La direction doit trancher en assumant ce qui sera traité plus tard. Mieux vaut une vraie mise en œuvre partielle qu'une "grande stratégie cybersécurité" qui ne quitte jamais PowerPoint.
Mettre en regard risques, coûts et conformité
Les risques sont également classés selon trois axes : impact business, impact légal (en particulier RGPD) et faisabilité de la correction. Cet exercice, inspiré de pratiques recommandées par l'ANSSI, remet souvent les choses en perspective : ce n'est pas forcément le scénario hollywoodien de piratage qui menace d'abord, mais la fuite lente de votre portefeuille client.
Jour 10 - Restitution et premiers gestes techniques
La restitution ne doit pas être un monologue de consultant. C'est un échange, parfois vif, qui débouche sur des décisions. À ce stade, certaines actions peuvent être enclenchées immédiatement.
Les "quick wins" à enclencher sans attendre
Dans la majorité des audits, on retrouve une poignée de mesures "sans regret" :
- Suppression des comptes obsolètes et revues régulières des droits.
- Blocage ou contrôle strict des périphériques USB les plus à risque.
- Mise à jour des contrats et des clauses de confidentialité avec les prestataires.
- Déploiement ciblé d'outils de filtrage sur les postes les plus sensibles.
Ce sont ces premiers gestes qui, en quelques semaines, réduisent déjà nettement la surface de fuite. Le déploiement de solutions plus complètes se prépare en parallèle, avec l'accompagnement d'un expert comme Infosophie.
Et après ces 10 jours ? Ne pas retomber dans la routine
Un audit de fuite de données n'est pas une absolution annuelle. C'est un point de départ. Les entreprises françaises qui s'en sortent le mieux sont celles qui acceptent que la sécurité devienne un réflexe de gestion, et non un projet exceptionnel.
La suite logique consiste à planifier un audit plus détaillé des flux, notamment pour les filiales ou les sites étrangers, et à entrer dans une logique d'amélioration continue : revue régulière des risques, choix d'outils adaptés et sensibilisation pragmatique des équipes.
Si vous ne savez pas par où commencer, le plus simple reste souvent de demander un audit gratuit de premier niveau. En dix jours bien utilisés, vous saurez enfin où vos données s'échappent et, surtout, lesquelles il est urgent de rattraper.